APECE (1750-1850)

Séance du 18 mars 2017

APECE : séance du 18 mars 2017

 

(Sorbonne, escalier C, 2e étage, salle Marc Bloch, 14 h 30)

 

 

 

Les laptots de Gorée

 

 

 par Boris Lesueur

 

Chercheur associé auprès du laboratoire AIHP de l’université des Antilles,
actuellement en poste dans l’enseignement secondaire

 

 

L’îlot de Gorée a acquis à l’époque contemporaine un statut de lieu de mémoire, reconnu comme emblématique de la traite atlantique des esclaves. Mais comme souvent lorsque les enjeux mémoriels investissent un lieu ou un sujet, les traces matérielles sont peu présentes et ne permettent pas vraiment de retracer le fonctionnement d’une société. La Revue française d’histoire des colonies avait reproduit un texte, sans explication, en 1930, qui est régulièrement cité, sans être toutefois lu. Il est consacré à un corps militaire au recrutement local, les laptots de Gorée. Ces derniers sont abusivement présentés comme des proto-tirailleurs, en éludant au contraire largement toute interrogation sur les origines de leur apparition dans un contexte esclavagiste.

Les soldats ici considérés n’étaient pas libres. La servitude militaire introduit peut-être une rupture dans les représentations qui voudraient que le soldat soit libre, voire depuis la Révolution française, un défenseur de la liberté. La question du statut personnel est un aspect de la question qui paraît fondamental, notamment dans un cadre de circulation atlantique des hommes et des idées.

On voudrait au cours de cet exposé tout d’abord revenir sur le fonctionnement du comptoir de Gorée et sur l’utilisation d’auxiliaires africains indispensables, les laptots. Bien loin d’être un comptoir isolé du continent, cet îlot entretenait une population permanente en partie métissée dont les signares étaient les représentantes les plus fameuses. Mais aussi des esclaves domestiques, non destinés à la traite, dont faisaient partie les laptots. Dans un second temps, leur emploi comme auxiliaires militaires doit permettre de les mettre en rapport avec le recrutement des armées en Afrique, entre les faibles garnisons européennes et des royaumes puissants. Dans les royaumes ceddo en effet de la côte sénégalaise, on retrouvait la distinction entre esclaves de traite et esclaves de case, mais surtout il existait des esclaves de la couronne qui constituaient l’ossature des armées des royaumes combattants. Enfin, la date de l’ordonnance, 1765, ouvre instantanément la voie à des réflexions comparatives avec d’autres créations de l’autre côté de l’Atlantique. A Saint-Domingue par exemple, c’est l’année où l’on voulut créer une légion de Saint-Domingue qui consistait à vouloir imposer un service militaire à la population de couleur, renvoyant à une servitude passée ou présente qui aurait été indépassable.

 

 

Publications récentes sur le sujet :

 

   « Les auxiliaires africains de la conquête coloniale : des laptots aux tirailleurs », in Eric Guerassimoff & Issiaka Mandé, Le travail colonial. Engagés et autres main-d’œuvre migrantes dans les empires 1850-1950, Paris, Riveneuve, 2016.

 

  Les troupes coloniales d’Ancien Régime, Paris, SPM, 2014.

 



03/03/2017

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