APECE (1750-1850)

Séance du 04 octobre 2014

APECE : séance du 04 octobre 2014 (Sorbonne, escalier C, 2e étage, salle Marc Bloch, 14 h 30)

 

Les clubs abolitionnistes féminins en Angleterre au début du 19e siècle

 

Par Olivette Otele (Bath Spa University)

 

 

Le rôle des femmes britanniques dans la campagne pour l’abolition de la traite et de l’esclavage a été largement étudié. Bien souvent ces études s’appuient sur la participation de personnalités connues. Dès le XVIIe siècle, l’anglaise Aphra Behn, surprend le monde littéraire avec son roman Oroonoko dans lequel le personnage principal est un Africain réduit en esclavage au Surinam. Au siècle suivant, des intellectuelles reprennent le flambeau. Hannah Moore et Mary Birkett Card publient des poèmes contre l’esclave pendant que des aristocrates telles que Lady Margaret Middleton ou encore La Duchesse du Devonshire s’attèlent à convaincre les hommes et les femmes de leur milieu de l’intérêt politique et social que présentent la question de l’abolition de la traite transatlantique. Les fameux salons de sociabilité qu’affectionne l’élite britannique au XVIIIe siècle deviennent aussi des lieux de rencontres anti-abolitionnistes. Ce sont également les femmes qui portent des broches à l’effigie du médaillon de Wedgwood représentant un esclave noir agenouillé. Dans les années 1780, des femmes britanniques appartenant à la classe moyenne, sont les plus nombreuses à verser des cotisations aux sociétés abolitionnistes pourtant créées par des hommes. La campagne s’accélère lorsque le projet de loi pour l’abolition de la traite est rejeté par le parlement en 1791. Ces femmes mobilisent l’opinion publique et réussissent à convaincre une partie de la population de boycotter le sucre. 300 000 personnes rejoignent le mouvement de boycott. Apres une longue et pénible campagne de mobilisation, le Parlement britannique vote une loi abolissant la traite transatlantique en mars 1807. Pourtant l’esclavage perdure dans les colonies. La  mise en place d’un système de contrôle des esclaves et des conditions de vie de plus en plus difficile d’un coté, les révoltes d’esclaves à la Barbade, à Démarrera, des procès retentissants de l’autre, alimentent les journaux britanniques dès 1816. La campagne pour l’abolition de l’esclavage s’organise peu à peu en Grande-Bretagne. Les femmes sont encore une fois les premières à mobiliser l’opinion publique. C’est cependant l’inertie des abolitionnistes de la première campagne, ainsi que le refus d’accorder aux femmes des postes à responsabilité lorsque la Society for the Mitigation and Gradual Abolition of Slavery Throughout the British Dominions est créée en 1823, qui conduit les femmes à mettre en place leurs propres sociétés abolitionnistes dans les années 1820. Quelques grands noms se dégagent de ce mouvement : Lucy Townsend, Mary Lloyd et bien d’autres. Inspirés par la radicale Elizabeth Heyrick, et Sophia Sturge, le premier club abolitionniste féminin, la Birmingham Ladies Society for the Relief of Negro Slaves naît en 1825. Le club change rapidement de nom et devient la Female Society for Birmingham. Les membres ne sont pas toutes originaires de la ville de Birmingham mais le club est source d’inspiration. En 1831, la Grande-Bretagne compte soixante-treize clubs abolitionnistes féminins. Ces clubs, contrairement aux associations masculines, articulent leur lutte autour d’une abolition non pas graduelle mais immédiate. Le mouvement révèle les positions contradictoires que tiennent ces clubs sur les abolitionnistes américaines, la participation des Noirs dans l’abolition et la position de la Grande-Bretagne dans le monde. Dans les années 1830-1840, il met en lumière la place des femmes dans la société victorienne.



26/09/2014

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