APECE (1750-1850)

Séance du 09 février 2013

APECE : séance du 09 février 2013 (Sorbonne, escalier C, salle Marc Bloch, 14 h 30)

 

 

 

Communication de Léon-François Hoffmann

 

 

La Révolution française et les Français dans la littérature haïtienne

 

Les bouleversements révolutionnaires en métropole ont ouvert la voie à l’indépendance de l’ancienne colonie de Saint-Domingue après treize ans de guerres civiles, coloniales et internationales pratiquement ininterrompues.

Les événements dramatiques qui se sont déroulés dans l’île entre l’insurrection des esclaves de la partie nord de Saint-Domingue en 1791 et la déclaration de l’indépendance d’Haïti le premier janvier 1804 ont inspiré bon nombre d’écrivains dans bon nombre de pays : Hugo, Lamartine et Aimé Césaire en France, Wordsworth en Angleterre, Derek Walcott à Sainte-Lucie, Kleist et Anna Seghers en Allemagne, Alejo Carpentier à Cuba, Enrique Buenaventura en Colombie, Anatolii Vinogradov en Union Soviétique, Kenneth Roberts et Guy Endore aux États-Unis, pour ne mentionner qu’eux. Les critiques universitaires et les historiens des littératures se sont penchés sur leurs œuvres, et une bibliographie importante de leurs études a pu être dressée. Par contre, les œuvres d’écrivains haïtiens qui ont pris l’histoire de leur pays pour thème n’ont pas, à ma connaissance, fait l’objet de travaux d’analyse, ni en Haïti même ni à l’étranger.

Elles me semblent pourtant le mériter, non pas nécessairement pour leur valeur purement littéraire, en général modeste, mais parce qu’elles illustrent une série d’ambiguïtés dans la conception que se font les Haïtiens de l’histoire et de l’essence même de leur patrie.

Les rivalités qui, dès avant l’indépendance, ont opposé les descendants d’affranchis, en général mulâtres, dits « anciens libres » et les descendants d’esclaves, en général noirs, dits « nouveaux libres » sont présentes jusqu’à aujourd’hui dans les idéologies qui inspirent en Haïti les historiens et les essayistes, en particulier en ce qui concerne le rôle joué par les uns et par les autres dans la guerre d’indépendance et dans les guerres civiles qui l’ont suivie. De même, l’attitude envers les Français, vus par les uns surtout comme les admirables élaborateurs des idéaux progressistes révolutionnaires, citoyens du premier pays à avoir aboli l’esclavage, incarnés pour les autres par les colons esclavagistes et les soldats de Bonaparte coupables des pires atrocités.

Des origines à nos jours, la littérature haïtienne est une littérature engagée qui, évidemment, reflète l’idéologie de ses créateurs. Plutôt que de distraire le lecteur, l’écrivain haïtien se propose de l’instruire. Devant les  étrangers, il défend Haïti contre les attaques et les moqueries souvent violemment racistes dont son pays a toujours fait l’objet. Devant ses compatriotes, il fustige les abus et les dysfonctionnements qui ont fait de l’histoire nationale une alternance de dictatures et de convulsions anarchiques.

Les écrivains haïtiens articulent deux visions du destin de leur patrie. Pour les uns, elle est l’héritière de la Révolution française, et sa vocation est de mériter d’être ce que Michelet la considérait : « un petit coin noir de la France. » Pour les autres l’authenticité haïtienne passe encore plus par la reconnaissance des origines africaines, et le respect de leurs manifestations, en particulier la religion vaudou et la langue créole. Ces deux conceptions, complémentaires sinon antagonistes sont constamment illustrées par les romans, les poèmes et les œuvres théâtrales haïtiennes qui traitent de la saga indépendantiste, et par les personnages français qui y apparaissent.



28/01/2013

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