APECE (1750-1850)

Séance du 14 décembre 2013

APECE : séance du 14 décembre 2013 (Sorbonne, escalier C, salle Marc Bloch, 2ème étage, 14 h 30) 

 

 

Couleurs de l’esclavage sur les deux rives de la Méditerranée

(Moyen Âge-XXe siècle. Paris, Karthala, 2012)

 

 

Par Roger Botte et Alessandro Stella

 

 

Pour plusieurs raisons, l’opinion publique occidentale, et même une partie de l’opinion universitaire, associent l’esclavage avec les Noirs, et en particulier avec la traite transatlantique. Or, sans remonter à l’Antiquité gréco-romaine, et en laissant de côté la moitié de l’humanité (l’Asie), nombreux sont les exemples qui montrent que l’esclavage n’a pas été d’une seule couleur. L’espace méditerranéen constitue ainsi un observatoire de choix sur la fabrique d’esclaves.

De l’Europe du Sud au monde ottoman et barbaresque, cohabitent des esclaves de différentes couleurs, origines, religions. Dans l’Espagne chrétienne, on trouve des esclaves noirs arrivés par la traite atlantique, et des esclaves blancs importés du Maghreb ou de la Méditerranée Orientale, via la course maritime, les razzias et l’achat sur les marchés d’Orient. Dans l’Espagne musulmane, le spectre des couleurs de l’esclavage était sensiblement le même : des noirs importés via la traite transsaharienne, et des blancs capturés dans la péninsule Ibérique ou sur mer, ou encore achetés sur le marché des esclaves slaves. Sur la rive Sud de la Méditerranée, les esclaves blancs provenant du monde chrétien (catholique et orthodoxe) ont coexisté, aussi bien au cours des derniers siècles du Moyen Age qu’à l’époque moderne, avec les esclaves noirs acheminés par la traite transsaharienne.

Il ne s’agit pas d’un esclavage anecdotique mais il concerne, tout compte fait, des millions de personnes. Sauf que, par une bien curieuse lacune, l’attention des historiens et des anthropologues n’a pas été à la mesure de l’ampleur du phénomène.

L’ouvrage tente de répondre à une série de questions : les différences de couleur entraînaient-elles des traitements différents ? Les possibilités de sortir de l’esclavage, par l’affranchissement, le rachat ou la fuite, dépendaient-elles de la couleur de la peau, ou du sexe, ou des deux à la fois ? Employait-on les esclaves indistinctement à une tâche ou à une autre, ou les esclavagistes associaient-ils phénotype et travail à accomplir ? L’utilisation sexuelle d’esclaves, dans une maison chrétienne ou dans un harem musulman, suivait-elle des préférences morphologiques, et si oui lesquelles ? La vision de l’Autre, le racisme ou l’admiration, influençaient-ils le destin des esclaves ? Dans quelle mesure les clivages religieux déterminaient-ils la position des esclaves ? Quand un propriétaire avait des esclaves noirs, blancs, métissés, comment s’organisait la hiérarchie de la dépendance, sur quelles bases, par quels critères ? Dans les sociétés prises en considération, quelles étaient les possibilités d’ascension sociale des esclaves et des affranchis, et quelles étaient les voies permises ou conquises pour gravir les marches de l’échelle sociale ? Quelles étaient les relations entre esclaves ? La commune condition d’oppression forgeait-elle des solidarités, voire un sentiment d’identification ? Ou, au contraire, les clivages « raciaux », religieux, ethniques maintenaient-ils les esclaves divisés entre eux, voire hostiles les uns envers les autres ? Enfin, était-ce mieux, ou moins dur, ou plus vivable d’être esclave en terre d’Islam ou en terre chrétienne ?



03/12/2013

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