APECE (1750-1850)

Séance du 18 janvier 2014

APECE : séance du 18 janvier 2014 (Sorbonne, escalier C, 2ème étage, salle Marc Bloch, 14 h 30)

 

 

Le portrait de l’Africain comme jauge des cultures visuelles atlantiques

 

 

Par Anne Lafont (Institut National d’Histoire de l’Art, Paris)

 

L’histoire de l’art et des cultures visuelles peut être réécrite à l’aune des enjeux coloniaux. La fécondité de ce prisme exige d’en organiser les bénéfices. Aussi, je me propose, pour cette occasion, de privilégier la question de la représentation des Africains dans ses dimensions esthétique, politique, médiatique et symbolique sur le long dix-huitième siècle. La figure de l’Africain, dans ses avatars visuels métropolitains et coloniaux, s’avère en effet un révélateur particulièrement riche des succès et des échecs de la dynamique progressiste des Lumières. Autrement dit, les images des hommes – et plus rarement des femmes – noirs seront ici interrogées en ce qu’elles incarnent le paradoxe des ambitions et des prétentions de la pensée libérale atlantique.

  

La première partie tentera une relation du processus d’individualisation en images de la figure de l’Africain, tous supports et toutes techniques confondues, et une étude de sa présence visuelle progressivement démultipliée, tant dans l’art exposé au Salon que dans les images imprimées. Ensuite, le processus stylistique de familiarisation avec ce corps noir, et l’évaluation de sa pertinence comme étalon de la connivence entre transformations des pratiques artistiques et bouleversements des régimes politiques dans les mondes euro-américains, seront au cœur des hypothèses soumises à la réflexion. Enfin, forte de cette connaissance de l’appropriation du corps africain par la culture visuelle et objectale du dix-huitième siècle, je voudrais interroger et scruter l’étape d’après, et comprendre s’il y eut un basculement, une radicalisation, dans le processus d’imagination, de visualisation et même d’héroïsation des Noirs – qu’ils soient esclaves, serviteurs, insurgés, militaires, libres, politiques, prêtres… – à l’époque des révolutions américaine, française et haïtienne.

Aussi, existe-t-il une culture visuelle atlantique qui peut être jaugée à l’aune de la présence de corps noirs dans les images ? Et ces figures furent-elles les lieux symboliques d’une complication et d’une sophistication de la qualification sociale, en images, des représentants de la race noire ?

 



09/01/2014

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