APECE (1750-1850)

Séance du 18 novembre 2017

APECE : Séance du 18 novembre 2017

 

 

(Sorbonne, escalier C, 2e étage, salle Marc Bloch, 14 h 30)

 

 

Circulation, transmission et représentation
de l’expression artistique (musique et danse)

des Africains au XVIIIe siècle par des voyageurs européens

 

 

par Hélène Cussac

 

 

 

L’Afrique au 18e siècle, assez peu connue même si elle donna matière à la rédaction de récits par des voyageurs européens, était en Europe surtout envisagée comme un réservoir d’esclaves et pensée comme peuplée d’être primitifs et barbares. Or la littérature viatique nous livre un certain nombre d’informations sur les compétences artistiques des Africains, notamment dans le domaine de la musique et de la danse, dans une période où l’Europe s’intéressait aux découvertes de l’Autre et de l’Ailleurs et où nombre de traités sur la danse voyaient le jour.

L’observation d’un corpus d’une vingtaine de récits de voyages en Afrique (Guinée, Sénégal Congo, Sierra Leone, Dahomé, Afrique du sud, avec une incursion dans l’intérieur de l’Afrique) provenant d’auteurs français, anglais, danois, allemands, sur une période allant de la toute fin du XVIIe siècle avec le capucin Cavazzi jusqu’au début du XIXe siècle avec Mungo Park, révèle  non seulement la passion des Africains pour la musique et la danse, lesquelles imprègnent leur vie quotidienne, mais aussi qu’ils les conçoivent comme de véritables performances porteuses de sens. L’étude de ce corpus montre aussi que l’approche des voyageurs – dont l’objectif du voyage pouvait être très différent – sur les arts est empreinte d’un ethnocentrisme qui les conduit aisément à dénigrer les talents africains pour exprimer la supériorité de la musique et de la danse européennes, précédant en cela le propos de Moreau de Saint-Méry à l’article DANSE de son Répertoire des notions coloniales paru en 1796, pour qui il semble « difficile de méconnaître à ces traits une danse simple, primitive, et appartenant à des peuples chez lesquels la civilisation a encore presque tout à faire ».

Nous éclairerons ainsi les savoirs que nous ont transmis les voyageurs en Afrique sur ces deux arts majeurs, et nous remarquerons en quelle mesure leur transmission fut parfois restreinte, souvent tronquée, même si on décèle, ici ou là, une écoute et un regard parfois plus généreux, faisant preuve de l’émergence d’une réflexion sur la relativité du goût.

 

 

Cette conférence, qui a fait l’objet de deux communications différentes dans des colloques internationaux, sera publiée très prochainement sous forme de deux articles aux éditions Garnier, respectivement dans Les représentations du Noir dans la littérature, l’histoire et les arts européens et américains des XVIIIe et XIXe siècles, K. Benac éd. ; et dans Représentation des savoirs des « barbares », des « primitifs » et des « sauvages » dans la littérature et les arts des 18e et 19e siècles, F. Le Borgne, O. Barubé-Parsis et N. Vuillemin éds.

 

 



30/10/2017

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