APECE (1750-1850)

Séance du 19 janvier 2013

 

 

APECE : séance du 9 janvier  2013

 

(Deux communications)

 

 

Communication de François Blancpain :

 

 

L’amiral d’Estaing, gouverneur de Saint-Domingue

(1763-1764)

 

 

Les deux années du gouvernement de l’amiral d’Estaing à Saint-Domingue sont une parenthèse dans sa vie militaire, entre ses faits d’armes en Inde et sa participation à la guerre d’indépendance des Etats-Unis. Cette « parenthèse » a fait apparaître que ses qualités et son caractère ne pouvaient s’accorder avec les ambitions des colons, pas plus qu’avec les désordres et incohérences de la politique coloniale du gouvernement royal.

Le gouvernement royal l’avait parfois honoré, parfois réprimandé. Le gouvernement révolutionnaire l’a d’abord promu au plus haut grade d’amiral en 1792 puis l’a fait passer à la « machine à Sanson » en 1794.

Nous ne parlerons que de la seule parenthèse du gouvernement de Saint-Domingue.

 

  1. L’état de la colonie après la guerre de Sept ans (1756-1763) et le comportement des colons :

- opposés à l’Exclusif colonial

- ambitionnant une participation active au gouvernement de la colonie

 

  1. Le caractère et les idées du gouverneur :

- exige la plus stricte obéissance au roi

- souhaite un assouplissement de la discrimination raciale dans le domaine de la défense

 

  1. Les instructions royales :

- L’ordonnance du 24 mars 1763

- Le Mémoire du roi du 15 août 1763

- La lettre du roi du 2 janvier 1764

- Leur mise en œuvre par d’Estaing : les impositions, les milices

 

 

  1. Les conflits entre d’Estaing et les Conseils supérieurs :

-  Refus d’enregistrement des décisions royales

-  L’insolence des Conseillers

-  La contestation des pouvoirs du gouverneur

-  Les mesures coercitives prises par d’Estaing

 

Finalement, d’Estaing est désavoué par Choiseul. Après avoir démissionné, d’Estaing transmit ses pouvoirs à son successeur, le prince de Rohan, qui rencontra les mêmes difficultés et usa des mêmes mesures coercitives à l’encontre des Conseils supérieurs.

 

En conclusion : Les gouvernements suivants, Consulat, Restaurations, ont limité les ambitions des colons (des colonies restées à la France) en supprimant les Conseils supérieurs, mais c’étaient des colonies de bien plus petite taille que ne l’était Saint-Domingue.

 

 

 

Communication de Jean-Charles Benzaken :

 

 

Le comte Reynaud de Villeverd :

quand un ancien gouverneur et ancien député de Saint-Domingue assistait, enthousiaste, à l’abolition de l’esclavage le 16 pluviôse an II

 

 

Tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Révolution française, et en particulier à sa première assemblée, connaissent l’ouvrage dirigé par Edna Lemay, Dictionnaire des constituants, paru à Paris en 1991, et dont nous donnons aux auditeurs la photocopie de l’article qui est consacré à Reynaud de Villeverd, gouverneur par intérim de Saint-Domingue du 25 avril au 12 août 1775 et du 24 avril au 16 juillet 1781. Or, nous avons constaté que l’auteur de cette notice indiquait que « rentré à Saint-Domingue [après la fin de la Constituante], il n’était revenu en France qu’après la prise de l’île par les Anglais »[1].

En ce qui concerne les sources utilisées, le Dictionnaire déjà cité indiquait le dossier des Archives nationales d’Outremer E 349, le livre de G. Debien, Les colons de Saint-Domingue et la Révolution, Essai sur le Club Massiac (août 1789-aoû 1792) Paris, 1953, et celui de P. Boissonnade, Saint-Domingue à la veille de la Révolution et la question de la représentation aux États Généraux : janvier 1788-7 juillet 1789, Paris, 1906. L’important dossier des Archives nationales -F7 4774 91- que nous avons utilisé apporte des informations complémentaires et un éclairage nouveau sur les comportements de personnages qui ont joué un rôle important pendant la Révolution française. Nous avons également consulté son dossier militaire au SHD à Vincennes, coté 4 YD 3027.

Cette recherche est la suite logique de celle que nous avons consacrée au conventionnel Louis Pierre Dufaÿ, car nous savons que les carrières des deux hommes se sont croisées à deux reprises, lorsque Reynaud était gouverneur par intérim à Saint-Domingue et plus tard lors de la séance de la Convention du 16 pluviôse et les semaines suivantes.

Cette recherche nous paraît donc intéressante parce que, outre qu’elle comble une lacune sur la vie de ce personnage marquant, elle met en lumière la distance sociale et culturelle, plus encore que politique, qui existait entre la classe sociale à laquelle il appartenait et les sans-culottes parisiens qui, à cette époque, détenaient le pouvoir sectionnaire. Par contraste, elle met en évidence si ce n’est la complicité, du moins la sympathie existante entre notre personnage et ses égaux en culture et mode de vie qui dirigeaient les sphères gouvernementales.

A la différence de Dufaÿ, retourné à Saint-Domingue et poussé au suicide en 1804 au moment du massacre des Blancs, Reynaud est resté sagement en France avec sa seconde femme jusqu’à sa mort en 1812. Ses héritiers obtiendront la somme de 108 067 francs 59 centimes, au titre de l’indemnité des colons, en juin 1827.



[1] Rappelons que la partie française de Saint-Domingue n’a été que très partiellement occupée par les Anglais appelés par les colons français qui refusaient la liberté générale donnée aux esclaves par Sonthonax et Polverel pendant l’été 1793 …

 



16/01/2013

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